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Nathalie Le Breton, un engagement plus que Maternelles !
Damien D. - 03/09/2008


Nathalie le Breton participe à l'aventure des Maternelles sur France 5 depuis leur création en 2001. Elle est aussi une femme militante et engagée... elle nous raconte.

NathalieNathalie, pour faire votre connaissance, veuillez commencer par une petite présentation... notamment de votre formation et votre parcours...

Du très très classique puisque après mes deux années d'hypokhâgne et khâgne, et une belle plantade à Normale sup, j'ai obtenu une maîtrise de lettres classiques. J'allais m'engager avec bonheur dans le professorat quand une petite annonce passée sur France Inter m'a détournée de mon chemin tout tracé : Brigitte Vincent cherchait des apprentis jeunes reporters pour son émission 15/25, j'ai postulé et voilà c'était parti, j'ai adoré causer dans le poste, quelques mois plus tard, j'étais engagée à Europe 1 comme assistante d'émission (Jean-loup Laffont, Laurent Boyer ...), puis j'ai pris des chroniques éducation. Jean-Marie Cavada que j'avais croisé à Europe m'a proposé de rejoindre la Cinquième qu'il était en train de créer. Et depuis c'est le grand amour avec cette chaîne éminemment vivante et intéressante : Emploi, TAF, les Maternelles, des documentaires (Elles sont entrées en politiques, Des artistes au chevet des enfants, Intranet à tous les étages...).

Pourquoi vous être orientée vers le métier de journaliste ?

Grâce au hasard des rencontres et à ce besoin insatiable chez moi d'être dans un univers qui bouge...le côté marronniers de la rentrée version prof me faisait très peur...

Nathalie, on vous retrouve sur France 5, pour "Maternelles" et "On n'est pas que des parents". Exposez-nous vos activités pour ces deux émissions ? Quel sera votre programme cette saison ?

J'ai un rôle de synthèse éditorial derrière la grande discussion et je propose aux téléspectateurs d'élargir leurs pistes de réflexion par des livres parus sur le sujet pour adultes et pour enfants. Les parutions sont innombrables et cette chronique leur permet de faire un tri...Il semblerait même d'après les distributeurs que nous soyons prescripteurs !!! Tant mieux !

Vous participez à l'aventure 'Maternelles' depuis le début... Le bébé a désormais sept ans, quel regard portez-vous sur cette émission, son évolution ?

7 ans c'est l'âge de raison mais il ne faut pas oublier qu'on n'en est qu'au niveau du CE1 !!! Impossible de ronronner sur cette émission, nos téléspectateurs se renouvellent et changent au fur et à mesure de l'arrivée de leurs enfants. L'émotion nous surprend toujours au détour d'un témoignage, quant à notre mission, il n'y a qu'à lire les faits divers pour se dire qu'en matière d'éducation des enfants, il n'y a pas de recettes...Les parents ont besoin d'être accompagnés (pas assistés) dans un monde où ils sont mis sans arrêt sur la sellette. Les maternelles proposent, les téléspectateurs disposent...la seule règle que l'on se donne depuis le début : ne culpabiliser personne !

NathalieQu'en retirez-vous tant professionnellement que personnellement ?

Tous les jours, je suis sur le grill, il faut rester l'esprit aiguisé, s'adapter, réagir...bref un rythme comme je les aime. Dans cette émission le mot équipe veut vraiment dire quelque chose, et en plus on rit, on pleure, on s'engueule, on s'embrasse...rien n'est lisse, les spectateurs s'en rendent compte et ils apprécient...d'après ce qu'ils nous disent !

Nathalie, dans vos chroniques, on relève un certain engagement, voir une fibre militante : l'égalité Homme-Femmes, l'insertion professionnelle... Qu'est-ce qui a fait naître en vous un intérêt plus que particulier pour ces questions, puisque votre parcours en est jalonné ?

Que dire excepté les poncifs qui énervent : inégalité vécue dans le travail, réflexions sexistes en tous genres. Et puis avec cette émission, des témoignages de femmes qui rament dans leur boulot parce qu'elles sont enceintes (j'ai moi-même caché ma première grossesse pendant 6 mois !), celles qui ont tant de mal à aligner les deux bouts, qui sont seules, ne trouvent pas de place en crèche car elles sont à mi-temps parce qu'elles sont seules...les étonnements hypocrites m'énervent, "oh mais vous les femmes, c'est bon vous avez acquis votre liberté !". Dans notre société oui les choses bougent mais rien n'est acquis définitivement comme l'indiquent les tentatives de loi souvent poussées par les lobbies anti-avortements pour faire évoluer ces acquis...Il faut rester vigilants, les hommes comme les femmes, car les hommes ont tout à gagner à la mixité réelle de notre société. Je connais bien des hommes qui voudraient en finir avec la pression du salaire important à ramener et les regards suspects des femmes qui les regardent venir chercher leurs enfants à l'école! Les stéréotypes ont la vie dure...j'arrête car je peux vous en faire une tartine !!!!

Votre engagement, s'il ressort à la télé, l'est pleinement autrement : il se trouve que vous êtes la Présidente de l'Union nationale des associations "Retravailler"...

Expliquez-nous de quoi il s'agit, quelles sont les actions de ce groupement d'associations ?

Retravailler est une association féminine créée par la grande sociologue Evelyne Sullerot, il y a 35 ans. Sa mission : l'orientation et l'égalité professionnelle. Nous sommes à l'origine d'un portail d'infos très complet qui s'appelle Femmes-Emploi.f r...

Comment avez-vous rejoint cette organisation ?

Ils ont entendu mes nombreux coups de gueule sur la condition des femmes, mon documentaire sur les femmes en politique venait de sortir. Il y a beaucoup de cohérence dans tout cela, j'adore !!!

En tant que Présidente de ce mouvement, vous avez rendu, en mai 2008, un rapport au Sénat, dans le cadre des travaux de la délégation aux droits des femmes, en ce qui concerne l'orientation et l'insertion professionnelle (lire ici ). Pouvez-vous nous préciser vos rôles et vos démarches à ce poste ? Avez-vous d'autres exemples d'action ?

J'ai participé à ce rapport comme beaucoup d'autres représentantes d'associations féministes ou féminines. Impossible de faire avancer les choses sans sensibiliser les politiques. Nous sommes aussi très présentes au niveau européen. Quand vous voyez que les pays de l'est qui connaissaient autrefois la parité « par obligation » se mettent à l'heure de nos vieux stéréotypes et agissent à l'égard des femmes de façon inverse à l'égalité, vous vous dîtes que c'est plus que nécessaire !

Quels y sont vos objectifs ?

La mixité, la parité...bref la normalité non ?

NathalieRestons quelque peu sur ces thématiques... En avril dernier, sept animatrices dénonçaient le machisme à la télé dans le magazine TéléLoisirs (lire ici ). Quelles sont vos impressions, votre vécu sur ce fait ?

Nathalie vous devriez être plus courtisane... c'est une des premières phrases que j'ai entendue lors d'un rendez-vous avec un patron...Vous êtes sexy, c'est bien mais...un décolleté plus oxygénant...au début ça vous laisse sans voix, après vous répondez un peu sérieusement et plus tard vous répondez toujours mais dans le sourire. Je suis militante mais je ne crois pas aux discours anti-hommes. Il est évident que s'il y avait autant de femmes que d'hommes dans les directions de chaînes, tout cela évoluerait. Je suis optimiste car les jeunes hommes ont d'autres façons d'être, tant mieux... leurs mères ont bien bossé !

De "Retravailler", passons à "travail" tout court et au votre...  Qu'aimez-vous dans votre métier, et aimez moins ?

J'aime l'émulation et le travail qui vous amènent à vous dépasser sans cesse, j'aime la créativité, la formidable ouverture donnée par les nouveaux médias...j'aime moins la rivalité, je suis une éternelle seconde dans l'âme, ce qui est bien plus confortable !

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaiteraient suivre une carrière de journaliste ?

D'y aller avec passion, sans compter ses horaires (je vois bon nombre de stagiaires regarder leur montre, ce qui m'étonne toujours...), d'être exigeants avec eux-mêmes et patients, c'est ce que m'a appris Marie-Laure Augry ...j'y pense encore tous les jours

Nathalie, quels sont vos projets ?

Une série documentaire sur la grossesse, un programme court sur la littérature jeunesse et continuer de faire vivre les Maternelles avec entrain !

 

Un grand merci Nathalie pour cet instant enrichissant et militant !

 

Par Damien D.
© TéléSphère

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