Kady Adoum-Douass : « Ce que j’aime, c’est travailler sur le ton de ce journal »

Kady Adoum-Douass au JT de Canal + - crédits photos : Maxime Bru
Kady Adoum-Douass au JT de Canal + – crédits photos : Maxime Bruno / Canal +;

Journaliste présentatrice du JT de Canal, Kady Adoum-Douass nous livre chaque vendredi soir et lors de remplacements, un journal qui lui ressemble, sérieux, avec un ton positif et un brin d’impertinence. Son professionnalisme et sa positivité lui confèrent une originalité que l’on ne peut que remarquer dans une télévision parfois trop conformiste. De la culture à l’info géné, de la radio à la télé, de la Picardie à Paris, Kady nous présente son parcours, son métier.

Kady, pouvez-vous nous retracer votre parcours ?

J’ai intégré une école de journalisme, après l’obtention de mon Bac. A la sortie de l’école, j’ai fait mes premières armes, mes premières piges, à France Culture dans l’émission Profession Spectateur de Lucien Attoun, qui a été le premier à me donner ma chance. Ensuite j’ai, par hasard, atterri dans les boîtes de production Réservoir Prod, Be Happy Prod, etc. Mais je n’y étais pas heureuse, la radio me manquait. S’en est suivie une interminable période de chômage de plus de deux ans. Puis j’ai tout recommencé à zéro de retour chez mes parents, en Picardie, sur une radio locale : Radio Galaxie. Cela a duré deux ans. Je suis revenue à Paris par le biais d’une radio Sport & Mix avant que Chérie FM me contacte. Au bout de 6 mois, j’intégrais Europe1. Une aventure professionnelle fabuleuse qui a duré 3-4 ans. J’y ai appris énormément, notamment grâce à Emmanuel Faux et Fabien Namias. Puis quand cette aventure s’est terminée, i>TELE m’a contactée au même moment que France 24. Enfin, j’ai rejoint Canal + à la rentrée 2012.

Comment le métier de journaliste s’est il imposé à vous ?

Autant que je m’en souvienne j’ai toujours voulu faire ce métier. Je ne saurais vous dire pour quelle raison précisément si ce n’est la curiosité. Je trouvais le travail des journalistes passionnant. C’était pour moi un métier qui permettait de s’enrichir au contact des autres, d’apprendre en permanence.

« La radio m’a bercée. »

Si l’on vous retrouve en télévision aujourd’hui, c’est en radio que vous avez fait vos débuts. La radio, était-ce un choix particulier ?

La radio m’a bercée. Mon père est un passionné d’info et il écoute tout. RFI, Europe1, RTL. A la concentration qui l’habitait dans ces moments là je comprenais l’importance de ce média. Ensuite c’était la « grand messe » du 20h.

Comment avez-vous appréhendé le passage en télévision sur France 24 et i>TELE ?

Avec curiosité et un peu d’appréhension forcément. J’ai toujours pensé que ma vie était à la radio. Ça me convenait d’ailleurs très bien, mais il se trouve que la télévision est arrivée à un moment où je cherchais du travail. Je ne pouvais pas passer à côté des propositions qu’on me faisait d’autant que quand il s’agit d’i>TELE et France 24, ça ne se refuse pas.

C’est par le sport que le grand public vous a découverte lorsque vous avez présenté les JT sport sur France 24, alors que votre parcours est plus orienté culture et théâtre. Quelle place tient le sport dans votre vie ? N’avez-vous jamais envisagé d’animer des chroniques culture ?

Le sport a toujours occupé une place importante dans ma vie, mais pas autant que la culture. Pour ce qui est des chroniques culture, j’ai eu la chance de commencer ce métier par ça. J’avais quitté le conservatoire de théâtre parce qu’il me fallait faire un choix. Je faisais en même temps l’école de journalisme et le conservatoire, pendant deux ans, mais je n’arrivais plus à suivre le rythme. J’ai donc choisi. Mais pour faciliter ce « deuil », France Culture et en l’occurrence l’émission Profession Spectateur (émission consacrée au théâtre) était exactement ce qu’il me fallait. Y revenir ? Pourquoi pas oui, ça me passionne toujours autant.

En 2011 vous rejoignez le groupe Canal. Comment s’est faite la transition du sport à l’info générale ?

Tout naturellement. J’ai toujours eu beaucoup d’appétit pour l’actualité surtout internationale, peut-être de part l’ouverture au monde que m’ont transmise mes parents. Je n’ai donc jamais appréhendé le fait d’avoir à m’intéresser a l’info géné. De plus, à Europe, je baignais déjà dans cette ambiance de news, de cette réactivité à l’actu, avec le souci d’être toujours a l’affût des changements de la société.

Pendant toute la saison 2012-2013, vous avez fait partie de l’équipe de La Matinale de Canal. La dernière saison de cette émission emblématique. Quels souvenirs en gardez vous ?

Excellents. Le seul bémol c’était de me lever à 2h30 du matin… D’abord une véritable ambiance d’équipe, de copains qui se retrouvent le matin pour proposer une émission qui allie la compétence et la bonne humeur. On prenait souvent de vrais fous rires dans les loges. Surtout, j’ai beaucoup appris au contact de personnes telles qu’Ariane Massenet qui tenait l’antenne pendant une heure et demie, ce n’est pas rien. Et puis, je présentais mes 3 journaux devant les chroniqueurs de l’émission, qui connaissaient parfaitement leurs sujets. Cela m’obligeait à être béton sur mes lancements, voire à les solliciter quand j’avais un doute. Ce genre de situation vous fait progresser très vite. J’ai la chance de travailler encore aujourd’hui avec Gilles Delafon, responsable de l’information de Canal, que j’ai rencontré justement sur La Matinale et qui est d’une aide précieuse.

Cette saison, on a le plaisir de vous retrouver à la présentation du JT de Canal chaque vendredi et lors de remplacements de Victor Robert, Emilie Besse ou Florence Dauchez. Comment définiriez vous la place de ce journal dans le PAF ?

Ce journal, c’est d’abord un JT « Made in Canal+ », un JT qui se veut à l’image de ce que véhicule la chaîne. C’est à dire, compétent mais impertinent sur l’info et toujours au rendez-vous sur le sport et le cinéma qui sont deux vecteurs importants de Canal. Ce que j’aime, c’est travailler sur le ton de ce journal. Je n’ai pas de pression. Récemment, j’ai pu lancer un sujet avec « Que l’Europe aille se faire foutre ! », en citant la phrase d’une diplomate américaine. Je n’aurais sans doute pas pu me le permettre sur une autre chaîne et pourtant cette phrase a déclenché une vraie crise diplomatique…

« J’essaie de rester objective et lucide, mais aussi de chercher toujours la note d’espoir ou d’humour dans ce tourbillon d’informations »

Justement, votre ton positif, lors de vos JT, est ce que l’on remarque, et que l’on apprécie chez TéléSphère. Si cela est volontaire comme vous l’avez déclaré à Elle « J’essaie toujours de mettre de la douceur, de l’humanité dans ce que je dis. Je ne fais pas trop dans le solennel, le côté tronche-de-dix-pieds-de long. On est tous au courant que le monde va mal, donc, je n’en rajoute pas. » n’avez-vous pas eu de difficultés ou d’appréhensions à le mettre en œuvre, par crainte de troubler le téléspectateur ?

Je suis ravie que vous souligniez ce point, c’est hyper important pour moi. Je ne veux pas tricher. Je suis ce que je suis, et mon tempérament c’est de voir les choses du bon côté, d’être positive. Ce n’est pas un optimisme béat… Je vis dans le même monde, je ne fais pas l’autruche. Je préfère juste ne pas m’appesantir sur les peurs, les angoisses, ça ne fait pas avancer. On me reproche parfois d’être trop gentille, tant mieux ! En vingt minutes, je dois retranscrire au téléspectateur ce qu’il y a de plus terrible et de plus beau dans l’actualité du monde, et je me dois d’être un lien positif avec ce qu’il se passe. J’essaie de rester objective et lucide, mais aussi de chercher toujours la note d’espoir ou d’humour dans ce tourbillon d’informations que l’on a du mal à maîtriser. Il faut dire aussi que j’ai la chance d’être aidée par une équipe formidable portée par Gilles Delafon, Jean-Michel Fauveau et Habiba M’Ghizou qui sont le socle de ce journal. Et il y a aussi Fabrice Angotti qui vient de nous rejoindre en tant que rédacteur en chef du JT et qui fait un travail remarquable depuis son arrivée. Je ne peux pas citer le nom de tous les journalistes de l’équipe qui sont chacun vraiment précieux mais je suis vraiment bien entourée.

Avec l’arrêt de La Matinale de Canal finies les horaires décalés ! A quoi ressemble désormais une de vos journées de travail type ?

Aucune de mes journées ne se ressemble. Quelque soit le jour de la semaine je me lève tôt. Je me fais une petite revue de presse. J’écris, beaucoup pour différents projets notamment documentaires. Je lis beaucoup. Je fais pas mal de sport, je vais aussi beaucoup au cinéma.

Quels sont vos sujets d’infos de prédilection ?

Comme je vous le disais tout à l’heure la culture c’est ce que je préfère, l’international aussi, les sujets de société, la politique…. En fait tout m’intéresse. J’ai peut-être moins d’atomes crochus avec l’économie.

Quels sont vos projets pour 2014… et après ?

J’ai la chance de faire partie des présentateurs du JT de Canal, c’est une superbe vitrine et cela me permet d’apprendre beaucoup sur la transmission de l’information, sur la présentation. C’est déjà énorme tout cela, plus des projets de documentaires qui avancent bien. Croyez moi je suis déjà très occupée et j’ai de quoi me satisfaire.

Récemment, je me suis engagée auprès de l’association Eva pour la vie, une association à laquelle je tiens beaucoup, et que je soutiens dans la lutte contre les cancers pédiatriques. Savoir qu’aussi peu de moyens financiers sont alloués à la recherche sur ces pathologies m’a poussée à les rejoindre dans ce combat. A peine 2% des fonds dédiés à a recherche sur le cancer sont consacrés aux cancers pédiatriques, c’est dérisoire. Un à deux enfants meurent chaque jour faute de traitements. 500 par an… Il y a une réelle urgence. Quand on sait comment changer les choses, on ne peut pas faire l’autruche c’est impensable.

Vous qui avez connu des galères dans votre parcours, quels conseils donneriez vous aux jeunes qui souhaitent devenir journalistes ?

De rester curieux, et positifs. De miser sur le travail et aussi sur la chance… J’ai souvent eu des moments de découragement, j’ai bien failli abandonner, mais l’amour de ce métier prenait le dessus. Alors s’il s’agit vraiment d’une vocation, il faut persévérer.

Enfin, fruit d’une double culture tchadienne et antillaise, qu’avez-vous hérité ou pris de l’une et de l’autre ? Quel trait de caractère ?

Mes parents ont toujours été curieux et bienveillants. Deux cultures différentes et deux religions différentes. Ils nous ont toujours laissé totalement libres. Je ne saurais vous dire les traits qui caractérisent ces 2 origines mais ce que m’ont légué mes parents ce sont des valeurs auxquelles je tiens : la tolérance, le respect des autres, l’humilité et la bienveillance.

Retrouvez Kady Adoum-Douass, tous les vendredis soirs à 18h45 au JT de Canal+.

Merci beaucoup Kady pour cet entretien.

par Damien D.

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