[Mali] Tatiana Mossot : « Si j’étais consciente à 100 % du risque, je resterais à Dakar et ferais autre chose. »

Tatiana Mossot au Mali
Tatiana Mossot au Mali

Correspondante à Dakar pour France 24 depuis 2006, Tatiana Mossot vient de couvrir la première partie de la guerre au Mali. Profitant d’une pause en France, elle nous a accordés une interview avant de repartir sur le front malien. Rencontre.

Tatiana, quel regard portez-vous sur ce conflit malien ?

Je suis ce qu’il se passe au Mali depuis l’année dernière, bien avant que la situation n’explose. Ainsi quand la guerre a éclaté en janvier, j’avais tout organisé. J’étais déjà prête à y aller rapidement. Depuis sept ans, je sillonne tous les pays d’Afrique de l’ouest et plusieurs pays d’Afrique centrale. Avec une telle expérience, on arrive au fur-et-à-mesure à prendre le pouls d’une situation politique et sociale. Pour le Mali, je pense que cela risque de durer un long moment encore…

Quelles ont été vos conditions de travail là-bas ?

Je me suis d’abord rendue sur place pour le compte d’Euronews. Nous avons tout calé par mail et par téléphone. Ils m’ont fait confiance grâce à mon carnet d’adresses et à ma connaissance du terrain. Mais il y avait longtemps que je n’avais pas été confrontée aux militaires français : il n’y a pas grand chose qui filtre… Ce n’était pas évident. Le conflit malien est extrêmement particulier car nous ne pouvons pas obtenir d’images de la guerre en elle-même. Pour France 24 c’était beaucoup plus simple. J’ai l’habitude de travailler avec la chaîne. Ils veulent plutôt des histoires de société. Je suis retournée voir des gens que j’avais déjà rencontré en septembre et en décembre. J’ai rapporté leurs témoignages.

Lorsque l’on est correspondant à l’étranger, on a l’avantage de pouvoir suivre un dossier du début a la fin.

La guerre au Mali est entrée dans une nouvelle phase, plus dangereuse avec les risques d’attentats suicides. Appréhendez vous votre retour en territoire malien ?

Pour moi c’est une forme de conflit inédite car je n’ai jamais couvert ce genre de situation auparavant. Et j’ai pourtant couvert la guerre au Tchad, les crises sociales en Guinée Conakri, les coups d’état en Mauritanie… Cela va vous paraître un peu fou mais il y a une sorte d’excitation face à la situation parce qu’il y a beaucoup de choses a couvrir avec cette dangerosité là. Si j’étais consciente à 100% du risque et prenais la pleine mesure de ces attentats, je resterais à Dakar et ferais autre chose. Je dois être un peu anesthésiée d’une certaine façon (rires).

Vous n’en êtes pas à votre première expérience sur le terrain en situation « difficile ». Alors comment revenez vous à la vie « normale » ? Y a-t il une cellule psychologique à votre retour ? Vous accordez vous un break ?

Pas du tout ! Ce sont C’est ma famille en France et au Cameroun, mes amis, et depuis que je suis maman, mon petit garçon, qui me ramènent à une réalité plus calme. Ce sont toutes ces choses bien ancrées dans la réalité qui m’empêchent de fantasmer et de revivre des situations vécues en reportages. C’est mon équilibre ! (rires)

Guerres, drames et crises sont bien souvent le reflet de l’Afrique qui ressort dans les médias de ce côté-ci de la méditerranée. N’y a-t il pas une vision partiale de l’actualité africaine sur nos chaines de télé ?

Au sein des rédactions, il y a selon moi une réelle volonté de changer le regard sur l’Afrique mais on n’y met pas les moyens. Par méconnaissance du continent et sans désir de le connaître mieux, les sujets « positifs » sont victimes d’autres priorités. Et pourtant, des actualités positives, il y en a ! Par exemple, le portrait d’une des plus grosses fortunes d’Afrique a été refusé. Pourtant cet homme est un modèle de réussite, une image de l’Afrique qui investit à l’étranger. Personnellement dans les sujets que je réalise, j’essaie toujours de ne pas tomber dans les stéréotypes. En ce sens, j’ai la chance d’avoir une double culture : ma mère est camerounaise et mon père français. Ma mère m’a inculquée cette culture africaine durant mon enfance. Je suis partie en Afrique pour établir un certain équilibre : j’ai grandi en France, et je voulais mieux connaître le continent africain, voir de mes propres yeux. Ainsi, quand je fais un reportage pour France 24, je me dis que je fais un sujet pour des gens qui n’ont pas les codes, mais en même temps, France 24 étant très suivie en Afrique, je me mets à la place des africains. J’essaie d’être juste.

Outre le Mali, quels sont vos projets ?

Cela fait maintenant cinq ans que je veux utiliser mes compétences autrement, que je veux creuser plus les sujets de société, ce qui n’est pas toujours possible sur une chaine d’infos. Récemment, j’ai décroché un contrat avec l’UNICEF : je leur propose mes services pour réaliser des magazines sur des thématiques fortes. Par exemple je pars au Congo Brazzaville pour tourner un sujet sur la malnutrition [ndlr : interview réalisée le 14 février, le tournage a eu lieu le 17 février]. Je vais ainsi réaliser toute une série de reportages qui seront diffusés les 14 et 15 mai lors d’un sommet international à Paris. Ce sont des sujets que j’essaie d’aborder journalistiquement mais qui ne trouveraient pas leur place sur une chaîne de télévision sans attendre une actualité particulière, ou à l’occasion d’une journée mondiale du type journée mondiale de l’enfance.

Merci Tatiana !

propos recueillis par Damien D. & Nathalie L.

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